Même Dieu ne veut pas s’en mêler – Annick Kayitesi-Jozan

J’avais de l’appréhension à lire ce témoignage du génocide rwandais de 1994 des Tustis par les Hutus. De ce génocide je ne connaissais que l’histoire du chanteur Corneille qui me terrifiait déjà enfant (il a pu échapper à ses bourreaux en se cachant derrière le canapé mais a vu et entendu sa famille se faire massacrer). Ce fut effectivement bouleversant.

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Comment noter un tel livre dans le cadre d’un prix ? Je me suis déjà posée la question avec Une partie rouge et De l’ardeur même si je n’ai pas aimé le premier, ce sont des histoires où les auteures/protagonistes ont vécu des choses très dures et c’est difficile de dire s’il a plu ou pas tant on a l’impression de juger le vécu de la personne. Même Dieu ne veut pas s’en mêler est encore moins évident à juger que les précédents tant l’histoire d’Annick est emplie de cruauté. Le passage sur les expatriés qui quittent le Rwanda avec femmes enfants et chiens et le sentiment d’abandon de l’auteure à cette vision (on sauve des chiens et on laisse des enfants se faire massacrer) m’a profondément touchée. On se demande comment fait-elle pour continuer à vivre ou plutôt à survivre tant les épreuves qu’elle a subi sont atroces. Je ne peux que saluer ce témoignage devant tant de courage et de combat pour continuer à se lever le matin.

Je suis reconnaissante au Prix Elle de me faire découvrir des documents comme celui-ci mais je ne me vois pas élire un tel livre. Je choisis de lui mettre la note de 15 car malgré un côté un peu brouillon j’ai beaucoup appris et ai reçu ce témoignage comme nécessaire mais j’aurais aimé ne pas avoir à le lire, ne pas savoir que l’homme peut être si violent et cruel envers ses semblables. En cours d’Histoire, nous apprenons les horreurs de la seconde guerre mondiale et de la Shoah mais nous avons l’excuse du temps et on peut occulter une partie en se disant que c’était il y a des dizaines d’années, que nous avons appris de nos erreurs. Le génocide du Rwanda, c’est très récent, j’avais un an au moment des faits, je peux le toucher du doigt, le situer dans mon existence, c’est ce qui rend cette cruauté encore plus difficile à lire.

Je ne sais pas ce que ce document apportera aux lecteurs. Il est indubitable que son écriture a du apporter énormément à l’auteure mais je ne sais pas comment il peut être reçu. De l’ardeur m’a apporté des éléments de compréhension sur la situation en Syrie, m’a donné envie de faire quelque chose, m’a permis de découvrir Razan qui est probablement morte pour ses idées. Ici, tant de violence m’a tétanisée, je ne ressors pas avec de l’espoir ou de l’envie, juste un profond dégoût de ce dont sont capables les hommes et une immense compassion pour cette femme qui a su survivre et fonder une famille malgré les fantômes de son passé.


 

Ma note : 15/20

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